Dossier séries 2: Crise de boutons sur ta télé

Publié le par tv-en-series.over-blog.com

Combien de fois après être rentré du lycée n'avez vous pas appuyé sur votre télécommande afin d'entrer en cours dans un autre lycée télévisuel cette fois. A chacun sa génération de "Beverly Hills 1990" à "Skins" en passant par "Hartley Coeur à vif" ou "Smallville", les ados eux aussi ont des choses à dire et pas forcément pour disserter sur un cours d'histoire.

 

 

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Premières générations: des gosses de riches aux gosses normaux

 

La sonnerie retentit sur votre télé. Oh excusez moi ce n'est que le générique de Beverly Hills. Entre les Steve, Brenda, Jason, Kelly ou sublime (vous avez dit ironie) Donna Martin, les ados des débuts des années 1990 avaient aussi leur série, la série fashion par excellence à moins de lorgner sur les pitreries d'"Hélène et les garçons" qui nous font fendre la poire (ironie assumée cette fois). Oh merde, ça voudrait dire qu'on a rien inventé avec "Gossip girl". Et non, les promoteurs de chaîne ont vite compris que pour toucher les ados, une tranche d'âge qui passe beaucoup devant la TV, il fallait les représenter. Enfin, les représenter, c'est vite dit. Il m'étonnerait fort peu que les acteurs de la série furent ados à l'époque et que chaque télespectateur avait le portefeuille aussi rempli que la famille Walsh. Mais qu'importe, c'est super, c'est "in", et les amours de Kelly, Brandon ou Dylan font le tour des récréations entre la pause clope. Chaque jeune génération de chaque pays subit un cours de niaiserie télévisuelle et avec plaisir en plus en cette époque des 90's: "Beverly Hills" chez les américains, "Hartley Coeurs à vif" chez les Australiens et "Premiers baisers" chez nous (ça retombe toujours sur notre gueule ce genre de chose de toute manière). Le but de ces séries tv n'était en aucun cas de nous fournir des scénarii de qualité mais plutôt de goinfrer l'adolescent boutonneux de séries twix (oui parce qu'il y a 2 twix, t'es toujours obligé de manger le deuxième). Peu importe, le marché visé répond à l'appel, voire sèche les cours pour en intégrer d'autres. Juste en souvenir du mauvais temps, le clip de la première version de "Beverly Hills" (faudra m'expliquer pourquoi ils rigolent dedans, j'ai jamais compris. C'est peut être Steve qui a lâché une grosse caisse sur Donna et ça fait marrer tout le monde, qui sait?)

 

 

 

Génération Dawson

 

J'avoue ne jamais avoir regardé Dawson ou quelques épisodes. Pourtant, cette série par le biais des Pacey, Michelle, Joey et Dawson a une lourde tâche: remplacer "Beverly Hills" car désormais ils sont tous grands et ne sont plus au lycée (ils sont peut être demeurés mais 10 saisons de lycée équivaudrait à 10 ans pour décrocher le bac). Une toute nouvelle génération qui ne réclame donc pas exactement la même chose. Fini de s'occuper des problèmes de peau de Donna (de toute façon, on ne peut rien y faire), désormais, on s'attaque à des thèmes un peu plus intéressants et on décide même d'intégrer un personnage homosexuel dans cette série (seigneur dieu). "Dawson", bien que critiquable, avait au moins cette ambition de mettre en lumière de vrais problèmes adolescents. Je ne peux malheureusement pas trop m'étendre sur le sujet car je ne connais que très peu la série mais elle a remis au goût du jour les séries adolescentes. Pour me faire pardonner de mon inculture dawsonienne, le générique pour les nostalgiques.

 

 

 

 

Les ados extraordinaires

 

A la même époque que Dawson, nous nous retrouvons dans une ère où l'ado s'affirme, ce que traduit la télévision. Les adultes avaient droit à "Mulder et Scully", "Le Caméléon", "The Sentinel", bref un tas d'héros. Les ados voulaient eux aussi leurs super héros et coller un tas de posters sur leur mur. Alors, un jour, un divin créateur sortit de son ancien casier de lycée un personnage de belle blonde qui partait à la chasse aux vampires: "Buffy, the vampire slayer", série révolutionnaire pour le petit écran mais aussi pour toute une génération d'ados qui ne jurait plus que sur cette série. "Buffy" a longtemps été la série la plus populaire en France. Et pour cause, les ados étaient placés dans une histoire fantastique, ce qui à mes souvenirs, ne leur était jamais arrivé. Les ados n'ont plus peur de braver les Forces du Mal et Joss Whedon, souvent sous des métaphores simples à comprendre,traduisait bien le mal être d'une génération en construction. Buffy se construit petit à petit comme chaque adolescent évolue au fil des ans à travers ses expériences: l'angoisse du prof, la première fois, le ras le bol du lycée... tout y est. Et pour clore la période lycée, Buffy le détruit pour sauver le monde encore une fois. C'est le lycée qui éclate désormais sous vos yeux et plus les boutons d'acnée percés. Cette situation est ô combien symbolique pour moi: il exprime assez bien le refus des lycéens à se soumettre totalement au système scolaire. "Buffy" est une traduction explicite de la crise d'adolescence pendant ses trois premières saisons. Si beaucoup affirment que cette série a permis de renverser l'image de la femme, elle a pour moi surtout fait beaucoup pour relater les malaises adolescents de notre société et ceci toujours de manière assez subtile. Dès lors, des séries sur des héros lycéens foisonnent: "Smallville" en 2001 et qui n'est pas toujours terminée sur l'enfance de Superman ou "Veronica Mars" sur fond d'espionnage. L'émancipation adolescente est en marche même si on évite pas les clichés: les joueurs de foot américains, les infatigables pétasses de pom pom girl (même dans "Heroes", le personnage de Claire ne s'en détache pas) ou autres losers frimers. Mais qu'importe, les ados regardant ces séries retrouvent leur quotidien à travers les casiers, les salles de classe, la bibliothèque, la cantine ou encore les cours de récré. Tout y est et en plus, pour une fois, on leur donne véritablement le pouvoir. L'envie de prendre le dessus sur le monde adulte finit par aboutir sous la forme hybride de supers pouvoirs ou d'intelligence dans le cas de "Veronica Mars".

 

 

On reprend les mêmes et on rénove ou on remake

 

La génération du milieu des années 2000 n'avait pas connu ces anciennes séries ou arrivait au moment où les "Buffy", "Dawson" ou autres arrivaient en pleine maturité faisant pénétrer leurs personnages dans l'âge adulte. Au final, pourquoi se fouler quand les ingrédients ont fonctionné par le passé? Ainsi "Dawson" devient "One Tree Hill", "Buffy" se mue en "Veronica Mars" et "Beverly Hills 90210" s'alchimise en "Gossip girl". Pour le coup, je trouve qu'on a repris la vieille mode en la remettant tout simplement à la sauce d'aujourd'hui. Comme "Dawson", "One Tree Hill" parle d'ados "ordinaires" qui là aussi à un moment vont être suivis à l'âge adulte. Dans "Veronica Mars", on reprend les mêmes ingrédients développés dans Buffy en transformant l'horreur par l'espionnage, se permettant même d'inviter Joss Whedon et Charisma Carpenter (anciennement Cordelia Chase dans "Buffy") et les gosses de riches sont toujours à l'honneur passant de "Beverly Hills" au guilty pleasure du moment (pas le mien) "Gossip girl". On remarque tout de même que le public ado a le choix de trier entre 3 types de séries qui lui correspondent plus ou moins mais dans l'ensemble plutôt orienté vers un public féminin même quand on parle de mecs footballeurs dans "Friday night lights", certainement plus sérieuse que ses camarades de classe. On ne se foule donc plus trop pour renouveler les séries adolescentes à tel point qu'un remake pas très glorieux de "Beverly Hills" voit le jour en 2008 et entame cette année sa troisième saison, engageant des anciens (au chômage?) pour créer le buzz.

 

 

 

La révolution Skins 

 

La rebellion adolescente télévisuelle n'allait pas venir des séries américaines cette fois mais anglaises (à l'avant garde ces derniers temps sur beaucoup de sujets: "Queer as folk", "Secret diary of a call girl"). Et les anglais se lâchent littéralement en nous présentant leurs "bébés": "Skins". Et c'est une véritable révolution sur plusieurs points. "Skins", ça veut dire quoi? Une référence à la feuille de papier dans laquelle les ados de la série roulent leur herbe. Vous l'aurez compris: les ados de "Skins" ne sont plus les ados cucul, prudes et plein de bons sentiments qu'on devait se taper à longueur de journée mais sont surement aussi débauchés que les chirurgiens de "Nip/ tuck", aussi inconventionnels que les gays de "Queer as folk" et bien plus trash que les coucheries à la "Grey's anatomy". Vous voulez voir à quoi ressemble un adolescent de notre génération? Alors rentrez dans la peau des personnages de "Skins" (c'est aussi une des raisons du titre de la série). Entre lâcher de capotes, petits deals crapuleux, nuits blanches défoncées, alcool sans modération et même vomissements, rien ne vous sera épargné. Pour certains, la série ne sera que pur déballage d'immoralité trashy vendeuse, pour moi elle est à peine exagérée tant la jeunesse anglaise a perdu ses illusions depuis bien longtemps. Les personnages sont frais et sans limites comme les ados d'aujourd'hui qui pètent littéralement un câble. Autant, je n'adhérais pas aux séries adolescentes nouvelles ("One Tree Hill, "Gossip girl"...) parce que je trouvais qu'au final elles faisaient toute preuve de moralité condescendante et de recettes pompeuses, autant "Skins" qui d'emblée va plaire aux adolescents réussit son pari en créant la première série ado pour adultes. Pourquoi un tel succès? Pour commencer, les personnages représentent véritablement le jeune d'aujourd'hui, n'ayant pas peur d'intégrer un personnage homosexuel qui ne se cache pas de ses amis (aujourd'hui, la jeunesse vit avec son temps), un musulman qui se pose des questions sur comment concilier sa religion et son mode de vie... Sur le schéma narratif, petite avancée aussi: chaque épisode porte le titre d'un personnage sur lequel il va se concentrer pour mieux entrer dans sa "skin". Ensuite, les personnages sont joués par de vrais ados et ça se sent. Même si j'ai adoré "Buffy", Sarah Michelle Gellar n'est pas crédible physiquement (dans son jeu si) pour incarner une lycéenne, encore moins Tom Welling alias Clark Kent dans "Smallville". Enfin, "Skins" est la seule série à ne se pencher que sur les adolescents. Alors que toutes les anciennes séries accompagnaient leurs personnages après le lycée et nous faisaient progressivement entrer dans le monde adulte, "Skins" décide de renouveler entièrement son casting toutes les deux saisons pour donner place à une nouvelle génération. Avec "Skins", il ne s'agira toujours que de lycéens et c'est en cela la seule série véritablement adolescente. Pour ceux qui n'ont jamais daigné détourner leurs binocles en direction de la série, prenez au moins la peine d'entamer les premières minutes du programme dans l'extrait suivant. 

 

 

Ainsi comme les personnages dont ils parlent, les séries adolescentes piquent elles aussi leur crise et entament une évolution déroutante.

 

R-DOLLA

Publié dans Dossier séries

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